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  <title>Cécile Volanges</title>
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  <description>Cécile Volanges - LiveJournal.com</description>
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    <title>Cécile Volanges</title>
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  <pubDate>Fri, 28 Jul 2006 22:06:12 GMT</pubDate>
  <title>Lettre CLVI: Cécile Volanges au Chevalier Danceny</title>
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  <description>&lt;center&gt;&lt;i&gt;(Jointe à &lt;a href=&quot;http://valmont-1782.livejournal.com/12618.html&quot;&gt;la précédente&lt;/a&gt;.) &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/center&gt;Comment se fait-il, mon cher ami, que je cesse de vous voir, quand je ne cesse pas de le désirer? n&apos;en avez-vous plus autant d&apos;envie que moi? Ah! c&apos;est bien à présent que je suis triste! plus triste que quand nous étions séparés tout à fait. Le chagrin que j&apos;éprouvais par les autres, c&apos;est à présent de vous qu&apos;il me vient, et cela fait bien plus de mal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Depuis quelques jours, Maman n&apos;est jamais chez elle, vous le savez bien; et j&apos;espérais que vous essaieriez de profiter de ce temps de liberté: mais vous ne songez seulement pas à moi; je suis bien malheureuse! Vous me disiez tant que c&apos;était moi qui aimais le moins! je savais bien le contraire, et en voilà bien la preuve. Si vous étiez venu pour me voir, vous m&apos;auriez vue en effet: car moi, je ne suis pas comme vous; je ne songe qu&apos;à ce qui peut nous réunir. Vous mériteriez bien que je ne vous dise rien de tout ce que j&apos;ai fait pour ça, et qui m&apos;a donné tant de peine: mais je vous aime trop, et j&apos;ai tant d&apos;envie de vous voir que je ne peux m&apos;empêcher de vous le dire. Et puis, je verrai bien après si vous m&apos;aimez réellement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J&apos;ai si bien fait que le Portier est dans nos intérêts, et qu&apos;il m&apos;a promis que toutes les fois que vous viendriez, il vous laisserait toujours entrer comme s&apos;il ne vous voyait pas: et nous pouvons bien nous fier à lui, car c&apos;est un bien honnête homme. Il ne s&apos;agit donc plus que d&apos;empêcher qu&apos;on ne vous voie dans la maison; et ça, c&apos;est bien aisé, en n&apos;y venant que le soir, et quand il n&apos;y aura plus rien à craindre du tout. Par exemple, depuis que Maman sort tous les jours, elle se couche tous les soirs à onze heures; ainsi nous aurions bien du temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Portier m&apos;a dit que, quand vous voudriez venir comme ça, au lieu de frapper à la porte, vous n&apos;auriez qu&apos;à frapper à sa fenêtre, et qu&apos;il ouvrirait tout de suite; et puis, vous trouverez bien le petit escalier; et comme vous ne pourrez pas avoir de la lumière, je laisserai la porte de ma chambre entrouverte, ce qui vous éclairera toujours un peu. Vous prendrez bien garde de ne pas faire de bruit; surtout en passant auprès de la petite porte de Maman. Pour celle de ma Femme de chambre, c&apos;est égal, parce qu&apos;elle m&apos;a promis qu&apos;elle ne se réveillerait pas; c&apos;est aussi une bien bonne fille! Et pour vous en aller, ça sera tout de même. A présent, nous verrons si vous viendrez.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon Dieu, pourquoi donc le cœur me bat-il si fort en vous écrivant? Est-ce qu&apos;il doit m&apos;arriver quelque malheur ou si c&apos;est l&apos;espérance de vous voir qui me trouble comme ça? Ce que je sens bien, c&apos;est que je ne vous ai jamais tant aimé, et que jamais je n&apos;ai tant désiré de vous le dire. Venez donc, mon ami, mon cher ami; que je puisse vous répéter cent fois que je vous aime, que je vous adore, que je n&apos;aimerai jamais que vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J&apos;ai trouvé moyen de faire dire à M. de Valmont que j&apos;avais quelque chose à lui dire; et lui, comme il est bien bon ami, il viendra sûrement demain, et je le prierai de vous remettre ma lettre tout de suite. Ainsi je vous attendrai demain au soir, et vous viendrez, sans faute, si vous ne voulez pas que votre Cécile soit bien malheureuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, mon cher ami; je vous embrasse de tout mon cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 4 décembre 17**&lt;/i&gt;, au soir.&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Fri, 28 Jul 2006 22:03:54 GMT</pubDate>
  <title>Lettre CXVII: Cécile Volanges au Chevalier Danceny</title>
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  <description>&lt;center&gt;&lt;i&gt;(Dictée par Valmont.)&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/center&gt;Croyez-vous donc, mon bon ami, que j&apos;aie besoin d&apos;être grondée pour être triste, quand je sais que vous vous affligez? et doutez-vous que je ne souffre autant que vous de toutes vos peines? Je partage même celles que je vous cause volontairement; et j&apos;ai de plus que vous, de voir que vous ne me rendez pas justice. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Oh! cela n&apos;est pas bien. Je vois bien ce qui vous fâche; c&apos;est que les deux dernières fois que vous m&apos;avez demandé de venir ici je ne vous ai pas répondu à cela: mais cette réponse est-elle donc si aisée à faire? Croyez-vous que je ne sache pas que ce que vous voulez est bien mal? Et pourtant, si j&apos;ai déjà tant de peine à vous refuser de loin, que serait-ce donc si vous étiez là? Et puis pour avoir voulu vous consoler un moment, je resterais affligée toute ma vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tenez, je n&apos;ai rien de caché pour vous, moi: voilà mes raisons, jugez vous- même. J&apos;aurais peut-être fait ce que vous voulez, sans ce que je vous ai mandé, que ce M. de Gercourt, qui cause tout notre chagrin, n&apos;arrivera pas encore de sitôt; et comme, depuis quelque temps, Maman me témoigne beaucoup plus d&apos;amitié; comme, de mon côté, je la caresse le plus que je peux; qui sait ce que je pourrai obtenir d&apos;elle? Et si nous pouvions être heureux sans que j&apos;aie rien à me reprocher, est-ce que cela ne vaudrait pas bien mieux? Si j&apos;en crois ce qu&apos;on m&apos;a dit souvent, les hommes même n&apos;aiment plus tant leurs femmes, quand elles les ont trop aimés avant de l&apos;être. Cette crainte-là me retient encore plus que tout le reste. Mon ami, n&apos;êtes-vous pas sûr de mon cœur, et ne sera-t-il pas toujours temps?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ecoutez, je vous promets que, si je ne peux pas éviter le malheur d&apos;épouser M. de Gercourt, que je hais déjà tant avant de le connaître, rien ne me retiendra plus pour être à vous autant que je pourrai, et même avant tout. Comme je ne me soucie d&apos;être aimée que de vous, et que vous verrez bien si je fais mal, il n&apos;y aura pas de ma faute, le reste me sera bien égal; pourvu que vous me promettiez de m&apos;aimer toujours autant que vous faites. Mais, mon ami, jusque-là, laissez-moi continuer comme je fais; et ne me demandez plus une chose que j&apos;ai de bonnes raisons pour ne pas faire, et que pourtant il me fâche de vous refuser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je voudrais bien aussi que M. de Valmont ne fût pas si pressant pour vous; cela ne sert qu&apos;à me rendre plus chagrine encore. Oh! vous avez là un bien bon ami, je vous assure! Il fait tout comme vous feriez vous-même. Mais adieu, mon cher ami; j&apos;ai commencé bien tard à vous écrire, et j&apos;y ai passé une partie de la nuit. Je vas me coucher et réparer le temps perdu. Je vous embrasse, mais ne me grondez plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;Du Château de..., ce 18 octobre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Fri, 28 Jul 2006 22:02:39 GMT</pubDate>
  <title>Lettre CIX: Cécile Volanges à la Marquise de Merteuil</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/5996.html</link>
  <description>Ce n&apos;est que d&apos;aujourd&apos;hui, Madame, que j&apos;ai remis à M. de Valmont &lt;a href=&quot;http://merteuil-1782.livejournal.com/3936.html&quot;&gt;la Lettre&lt;/a&gt; que vous m&apos;avez fait l&apos;honneur de m&apos;écrire. Je l&apos;ai gardée quatre jours, malgré les frayeurs que j&apos;avais souvent qu&apos;on ne la trouvât, mais je la cachais avec bien du soin; et quand le chagrin me reprenait, je m&apos;enfermais pour la relire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Je vois bien que ce que je croyais un si grand malheur n&apos;en est presque pas un; et il faut avouer qu&apos;il y a bien du plaisir; de façon que je ne m&apos;afflige presque plus. Il n&apos;y a que l&apos;idée de M. Danceny qui me tourmente toujours quelquefois. Mais il y a déjà tout plein de moments où je n&apos;y songe pas du tout! aussi c&apos;est que M. de Valmont est bien aimable!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me suis raccommodée avec lui depuis deux jours: ça m&apos;a été bien facile; car je ne lui avais encore dit que deux paroles, qu&apos;il m&apos;a dit que si j&apos;avais quelque chose à lui dire, il viendrait le soir dans ma chambre, et je n&apos;ai eu qu&apos;à répondre que je le voulais bien. Et puis, dès qu&apos;il y a été, il n&apos;a pas paru plus fâché que si je ne lui avais jamais rien fait. Il ne m&apos;a grondée qu&apos;après, et encore bien doucement, et c&apos;était d&apos;une manière... Tout comme vous; ce qui m&apos;a prouvé qu&apos;il avait aussi bien de l&apos;amitié pour moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne saurais vous dire combien il m&apos;a raconté de drôles de choses et que je n&apos;aurais jamais crues, particulièrement sur Maman. Vous me feriez bien plaisir de me mander si tout cela est vrai. Ce qui est bien sûr, c&apos;est que je ne pouvais pas me retenir de rire; si bien qu&apos;une fois j&apos;ai ri aux éclats, ce qui nous a fait bien peur; car Maman aurait pu entendre; et si elle était venue voir, qu&apos;est-ce que je serais devenue? C&apos;est bien pour le coup qu&apos;elle m&apos;aurait remise au Couvent!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme il faut être prudent, et que, comme M. de Valmont m&apos;a dit lui-même, pour rien au monde il ne voudrait risquer de me compromettre, nous sommes convenus que dorénavant il viendrait seulement ouvrir la porte, et que nous irions dans sa chambre. Pour là, il n&apos;y a rien à craindre; j&apos;y ai déjà été hier, et actuellement que je vous écris, j&apos;attends encore qu&apos;il vienne. A présent, Madame, j&apos;espère que vous ne me gronderez plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a pourtant une chose qui m&apos;a bien surprise dans votre lettre; c&apos;est ce que vous me mandez pour quand je serai mariée, au sujet de Danceny et de M. de Valmont. Il me semble qu&apos;un jour à l&apos;Opéra vous me disiez au contraire qu&apos;une fois mariée, je ne pourrais plus aimer que mon mari, et qu&apos;il me faudrait même oublier Danceny: au reste, peut-être que j&apos;avais mal entendu, et j&apos;aime bien mieux que cela soit autrement, parce qu&apos;à présent je ne craindrai plus tant le moment de mon mariage. Je le désire même, puisque j&apos;aurai plus de liberté; et j&apos;espère qu&apos;alors je pourrai m&apos;arranger de façon à ne plus songer qu&apos;à Danceny. Je sens bien que je ne serai véritablement heureuse qu&apos;avec lui; car à présent son idée me tourmente toujours et je n&apos;ai de bonheur que quand je peux ne pas penser à lui, ce qui est bien difficile; et dès que j&apos;y pense, je redeviens chagrine tout de suite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui me console un peu c&apos;est que vous m&apos;assurez que Danceny m&apos;en aimera davantage; mais en êtes-vous bien sûre?... Oh! oui, vous ne voudriez pas me tromper. C&apos;est pourtant plaisant que ce soit Danceny que j&apos;aime et que M. de Valmont... Mais, comme vous dites, c&apos;est peut-être un bonheur! Enfin, nous verrons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n&apos;ai pas trop entendu ce que vous me marquez au sujet de ma façon d&apos;écrire. Il me semble que Danceny trouve mes Lettres bien comme elles sont. Je sens pourtant bien que je ne dois rien lui dire de tout ce qui se passe avec M. de Valmont; ainsi vous n&apos;avez que faire de craindre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maman ne m&apos;a point encore parlé de mon mariage: mais laissez faire; quand elle m&apos;en parlera, puisque c&apos;est pour m&apos;attraper, je vous promets que je saurai mentir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma bien bonne amie; je vous remercie bien, et je vous promets que je n&apos;oublierai jamais toutes vos bontés pour moi. Il faut que je finisse, car il est près d&apos;une heure; ainsi M. de Valmont ne doit pas tarder.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;Du Château de.., ce 10 octobre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Fri, 28 Jul 2006 22:00:49 GMT</pubDate>
  <title>Lettre XCVII: Cécile Volanges à la Marquise de Merteuil</title>
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  <description>Ah! mon Dieu, Madame, que je suis affligée! que je suis malheureuse! Qui me consolera dans mes peines? qui me conseillera dans l&apos;embarras où je me trouve? Ce M. de Valmont... et Danceny! non, l&apos;idée de Danceny me met au désespoir... Comment vous raconter? comment vous dire?... Je ne sais comment faire. Cependant mon cœur est plein... Il faut que je parle à quelqu&apos;un, et vous êtes la seule à qui je puisse, à qui j&apos;ose me confier. Vous avez tant de bonté pour moi! Mais n&apos;en ayez pas dans ce moment-ci; je n&apos;en suis pas digne: que vous dirai-je? je ne le désire point. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Tout le monde ici m&apos;a témoigné de l&apos;intérêt aujourd&apos;hui... ils ont tous augmenté ma peine. Je sentais tant que je ne le méritais pas! Grondez-moi au contraire; grondez-moi bien, car je suis bien coupable: mais après, sauvez-moi; si vous n&apos;avez pas la bonté de me conseiller, je mourrai de chagrin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Apprenez donc... ma main tremble, comme vous voyez, je ne peux presque pas écrire, je me sens le visage tout en feu...Ah! c&apos;est bien le rouge de la honte. Hé bien! je la souffrirai; ce sera la première punition de ma faute. Oui, je vous dirai tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous saurez donc que M. de Valmont, qui m&apos;a remis jusqu&apos;ici les Lettres de M. Danceny, a trouvé tout d&apos;un coup que c&apos;était trop difficile; il a voulu avoir une clef de ma chambre. Je puis bien vous assurer que je ne voulais pas; mais il a été en écrire à Danceny, et Danceny l&apos;a voulu aussi; et moi, ça me fait tant de peine quand je lui refuse quelque chose, surtout depuis mon absence qui le rend si malheureux, que j&apos;ai fini par y consentir. Je ne prévoyais pas le malheur qui en arriverait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hier, M. de Valmont s&apos;est servi de cette clef pour venir dans ma chambre, comme j&apos;étais endormie; je m&apos;y attendais si peu, qu&apos;il m&apos;a fait bien peur en me réveillant; mais comme il m&apos;a parlé tout de suite, je l&apos;ai reconnu, et je n&apos;ai pas crié; et puis l&apos;idée m&apos;est venue d&apos;abord qu&apos;il venait peut-être m&apos;apporter &lt;a href=&quot;http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/27270.html&quot;&gt;une Lettre&lt;/a&gt; de Danceny. C&apos;en était bien loin. Un petit moment après, il a voulu m&apos;embrasser; et pendant que je me défendais, comme c&apos;est naturel, il a si bien fait, que je n&apos;aurais pas voulu pour toute chose au monde... mais, lui voulait un baiser auparavant. Il a bien fallu, car comment faire? d&apos;autant que j&apos;avais essayé d&apos;appeler, mais outre que je n&apos;ai pas pu, il a bien su me dire que, s&apos;il venait quelqu&apos;un, il saurait bien rejeter toute la faute sur moi; et, en effet, c&apos;était bien facile, à cause de cette clef. Ensuite il ne s&apos;est pas retiré davantage. Il en a voulu un second; et celui-là, je ne savais pas ce qui en était, mais il m&apos;a toute troublée; et après, c&apos;était encore pis qu&apos;auparavant. Oh! par exemple, c&apos;est bien mal ça. Enfin après..., vous m&apos;exempterez bien de dire le reste; mais je suis malheureuse autant qu&apos;on puisse l&apos;être.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce que je me reproche le plus, et dont pourtant il faut que je vous parle, c&apos;est que j&apos;ai peur de ne pas m&apos;être défendue autant que je le pouvais. Je ne sais pas comment cela se faisait: sûrement, je n&apos;aime pas M. de Valmont, bien au contraire; et il y avait des moments où j&apos;étais comme si je l&apos;aimais... Vous jugez bien que ça ne m&apos;empêchait pas de lui dire toujours que non: mais je sentais bien que je ne faisais pas comme je disais; et ça, c&apos;était comme malgré moi; et puis aussi, j&apos;étais bien troublée! S&apos;il est toujours aussi difficile que ça de se défendre, il faut y être bien accoutumée! Il est vrai que M. de Valmont a des façons de dire, qu&apos;on ne sait pas comment faire pour lui répondre: enfin, croiriez-vous que quand il s&apos;en est allé, j&apos;en étais comme fâchée, et que j&apos;ai eu la faiblesse de consentir qu&apos;il revînt ce soir: ça me désole encore plus que tout le reste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oh! malgré ça, je vous promets bien que je l&apos;empêcherai d&apos;y venir. Il n&apos;a pas été sorti, que j&apos;ai bien senti que j&apos;avais eu bien tort de lui promettre. Aussi, j&apos;ai pleuré tout le reste du temps. C&apos;est surtout Danceny qui me faisait de la peine! toutes les fois que je songeais à lui, mes pleurs redoublaient que j&apos;en étais suffoquée, et j&apos;y songeais toujours... et à présent encore, vous en voyez l&apos;effet; voilà mon papier tout trempé. Non, je ne me consolerai jamais, ne fût-ce qu&apos;à cause de lui... Enfin, je n&apos;en pouvais plus, et pourtant je n&apos;ai pas pu dormir une minute. Et ce matin en me levant, quand je me suis regardée au miroir, je faisais peur, tant j&apos;étais changée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maman s&apos;en est aperçue dès qu&apos;elle m&apos;a vue et elle m&apos;a demandé ce que j&apos;avais. Moi, je me suis mise à pleurer tout de suite. Je croyais qu&apos;elle m&apos;allait gronder, et peut-être ça m&apos;aurait fait moins de peine: mais, au contraire. Elle m&apos;a parlé avec douceur! Je ne le méritais guère. Elle m&apos;a dit de ne pas m&apos;affliger comme ça. Elle ne savait pas le sujet de mon affliction. Que je me rendrais malade! Il y a des moments où je voudrais être morte. Je n&apos;ai pas pu y tenir. Je me suis jetée dans ses bras en sanglotant, et en lui disant: «Ah! Maman, votre fille est bien malheureuse!» Maman n&apos;a pu s&apos;empêcher de pleurer un peu; et tout cela n&apos;a fait qu&apos;augmenter mon chagrin: heureusement elle ne m&apos;a pas demandé pourquoi j&apos;étais si malheureuse, car je n&apos;aurais su que lui dire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous en supplie, Madame, écrivez-moi le plus tôt que vous pourrez, et dites-moi ce que je dois faire, car je n&apos;ai le courage de songer à rien, et je ne fais que m&apos;affliger. Vous voudrez bien m&apos;adresser votre lettre par M. de Valmont; mais je vous en prie, si vous lui écrivez en même temps, ne lui parlez pas que je vous aie rien dit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J&apos;ai l&apos;honneur d&apos;être, Madame, avec toujours bien de l&apos;amitié, votre très humble et très obéissante servante...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n&apos;ose pas signer cette lettre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;Du Château de..., ce 1 octobre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Fri, 28 Jul 2006 21:58:26 GMT</pubDate>
  <title>Lettre XCV: Cécile Volanges au Vicomte de Valmont</title>
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  <description>Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien avoir la bonté de me remettre cette clef que vous m&apos;aviez donnée pour mettre à la place de l&apos;autre; puisque tout le monde le veut, il faut bien que j&apos;y consente aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Je ne sais pas pourquoi vous avez mandé à M. Danceny que je ne l&apos;aimais plus: je ne crois pas vous avoir jamais donné lieu de le penser; et cela lui a fait bien de la peine, et à moi aussi. Je sais bien que vous êtes son ami; mais ce n&apos;est pas une raison pour le chagriner, ni moi non plus. Vous me feriez bien plaisir de lui mander le contraire, la première fois que vous lui écrirez, et que vous en êtes sûr: car c&apos;est en vous qu&apos;il a le plus confiance; et moi, quand j&apos;ai dit une chose, et qu&apos;on ne la croit pas, je ne sais plus comment faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour ce qui est de la clef, vous pouvez être tranquille; j&apos;ai bien retenu tout ce que vous me recommandiez dans &lt;a href=&quot;http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/25089.html&quot;&gt;votre Lettre&lt;/a&gt;. Cependant, si vous l&apos;avez encore, et que vous vouliez me la donner en même temps, je vous promets que j&apos;y ferai bien attention. Si ce pouvait être demain en allant dîner, je vous donnerais l&apos;autre clef après-demain à déjeuner, et vous me la remettriez de la même façon que la première. Je voudrais bien que cela ne fût pas long, parce qu&apos;il y aurait moins de temps à risquer que Maman ne s&apos;en aperçût.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, quand une fois vous aurez cette clef-là, vous aurez bien la bonté de vous en servir aussi pour prendre mes Lettres; et comme cela, M. Danceny aura plus souvent de mes nouvelles. Il est vrai que ce sera bien plus commode qu&apos;à présent; mais c&apos;est que d&apos;abord, cela m&apos;a fait trop peur: je vous prie de m&apos;excuser, et j&apos;espère que vous n&apos;en continuerez pas moins d&apos;être aussi complaisant que par le passé. J&apos;en serai aussi toujours bien reconnaissante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J&apos;ai l&apos;honneur d&apos;être, Monsieur, votre très humble et très obéissante servante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De..., ce 28 septembre 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Fri, 28 Jul 2006 21:57:00 GMT</pubDate>
  <title>Lettre XCIV: Cécile Volanges au Chevalier Danceny</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/5294.html</link>
  <description>Je ne conçois rien à &lt;a href=&quot;http://danceny-1782.livejournal.com/2977.html&quot;&gt;votre Lettre&lt;/a&gt;, sinon la peine qu&apos;elle me cause. Qu&apos;est-ce que M. de Valmont vous a donc mandé, et qu&apos;est-ce qui a pu vous faire croire que je ne vous aimais plus? Cela serait peut-être bien heureux pour moi, car sûrement j&apos;en serais moins tourmentée; et il est bien dur, quand je vous aime comme je fais, de voir que vous croyez toujours que j&apos;ai tort, et qu&apos;au lieu de me consoler, ce soit de vous que me viennent toujours les peines qui me font le plus de chagrin. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Vous croyez que je vous trompe, et que je vous dis ce qui n&apos;est pas! vous avez là une jolie idée de moi! Mais quand je serais menteuse comme vous me le reprochez, quel intérêt y aurais-je? Assurément, si je ne vous aimais plus je n&apos;aurais qu&apos;à le dire, et tout le monde m&apos;en louerait; mais, par malheur, c&apos;est plus fort que moi; et il faut que ce soit pour quelqu&apos;un qui ne m&apos;en a pas d&apos;obligation du tout!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu&apos;est-ce que j&apos;ai donc fait pour vous tant fâcher? Je n&apos;ai pas osé prendre une clef, parce que je craignais que Maman ne s&apos;en aperçût, et que cela ne me causât encore du chagrin, et à vous aussi à cause de moi; et puis encore, parce qu&apos;il me semble que c&apos;est mal fait. Mais ce n&apos;était que M. de Valmont qui m&apos;en avait parlé; je ne pouvais pas savoir si vous le vouliez ou non, puisque vous n&apos;en saviez rien. A présent que je sais que vous le désirez, est-ce que je refuse de la prendre, cette clef? je la prendrai dès demain; et puis nous verrons ce que vous aurez encore à dire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M. de Valmont a beau être votre ami, je crois que je vous aime bien autant qu&apos;il peut vous aimer, pour le moins; et cependant c&apos;est toujours lui qui a raison, et moi j&apos;ai toujours tort. Je vous assure que je suis bien fâchée. Ça vous est bien égal, parce que vous savez que je m&apos;apaise tout de suite: mais à présent que j&apos;aurai la clef, je pourrai vous voir quand je voudrai; et je vous assure que je ne voudrai pas quand vous agirez comme ça. J&apos;aime mieux avoir du chagrin qui me vienne de moi, que s&apos;il me venait de vous: voyez ce que vous voulez faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si vous vouliez, nous nous aimerions tant! et au moins n&apos;aurions-nous de peines que celles qu&apos;on nous fait! Je vous assure bien que si j&apos;étais maîtresse, vous n&apos;auriez jamais à vous plaindre de moi: mais si vous ne me croyez pas, nous serons toujours bien malheureux, et ce ne sera pas ma faute. J&apos;espère que bientôt nous pourrons nous voir, et qu&apos;alors nous n&apos;aurons plus d&apos;occasions de nous chagriner comme à présent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si j&apos;avais pu prévoir ça, j&apos;aurais pris cette clef tout de suite: mais, en vérité, je croyais bien faire. Ne m&apos;en voulez donc pas, je vous en prie. Ne soyez plus triste, et aimez-moi toujours autant que je vous aime; alors je serai bien contente. Adieu, mon cher ami.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;Du Château de..., ce 28 septembre 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Fri, 28 Jul 2006 21:52:33 GMT</pubDate>
  <title>Lettre LXXXVIII: Cécile Volanges au Vicomte de Valmont</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/5024.html</link>
  <description>Malgré tout le plaisir que j&apos;ai, Monsieur, à recevoir les lettres de M. le Chevalier Danceny, et quoique je ne désire pas moins que lui que nous puissions nous voir encore, sans qu&apos;on puisse nous en empêcher, je n&apos;ai pas osé cependant faire ce que vous me proposez. Premièrement, c&apos;est trop dangereux; cette clef que vous voulez que je mette à la place de l&apos;autre lui ressemble bien assez à la vérité: mais pourtant, il ne laisse pas d&apos;y avoir encore de la différence, et Maman regarde à tout, et s&apos;aperçoit de tout. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;De plus, quoiqu&apos;on ne s&apos;en soit pas encore servi depuis que nous sommes ici, il ne faut qu&apos;un malheur; et si on s&apos;en apercevait, je serais perdue pour toujours. Et puis, il me semble aussi que ce serait bien mal; faire comme cela une double clef: c&apos;est bien fort! Il est vrai que c&apos;est vous qui auriez la bonté de vous en charger; mais malgré cela, si on le savait, je n&apos;en porterais pas moins le blâme et la faute, puisque ce serait pour moi que vous l&apos;auriez faite. Enfin, j&apos;ai voulu essayer deux fois de la prendre, et certainement cela serait bien facile, si c&apos;était toute autre chose: mais je ne sais pas pourquoi je me suis toujours mise à trembler, et n&apos;en ai jamais eu le courage. Je crois donc qu&apos;il vaut mieux rester comme nous sommes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si vous avez toujours la bonté d&apos;être aussi complaisant que jusqu&apos;ici, vous trouverez toujours bien le moyen de me remettre une Lettre. Même pour la dernière, sans le malheur qui a voulu que vous vous retourniez tout de suite dans un certain moment, nous aurions eu bien aisé. Je sens bien que vous ne pouvez pas, comme moi, ne songer qu&apos;à ça; mais j&apos;aime mieux avoir plus de patience et ne pas tant risquer. Je suis sûre que M. Danceny dirait comme moi: car toutes les fois qu&apos;il voulait quelque chose qui me faisait trop de peine, il consentait toujours que cela ne fût pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous remettrai, Monsieur, en même temps que cette Lettre, &lt;a href=&quot;http://valmont-1782.livejournal.com/8409.html&quot;&gt;la vôtre&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://danceny-1782.livejournal.com/2590.html&quot;&gt;celle&lt;/a&gt; de M. Danceny, et votre clef. Je n&apos;en suis pas moins reconnaissante de toutes vos bontés et je vous prie bien de me les continuer. Il est bien vrai que je suis bien malheureuse, et que sans vous je le serais encore bien davantage: mais, après tout, c&apos;est ma mère; il faut bien prendre patience. Et pourvu que M. Danceny m&apos;aime toujours, et que vous ne m&apos;abandonniez pas, il viendra peut- être un temps plus heureux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J&apos;ai l&apos;honneur d&apos;être, Monsieur, avec bien de la reconnaissance, votre très humble et très obéissante servante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De..., ce 26 septembre 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Fri, 28 Jul 2006 21:51:09 GMT</pubDate>
  <title>Lettre LXXXII: Cécile Volanges au Chevalier Danceny</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/4801.html</link>
  <description>Mon Dieu, que &lt;a href=&quot;http://danceny-1782.livejournal.com/2318.html&quot;&gt;votre Lettre&lt;/a&gt; m&apos;a fait de peine! J&apos;avais bien besoin d&apos;avoir tant d&apos;impatience de la recevoir! J&apos;espérais y trouver de la consolation, et voilà que je suis plus affligée qu&apos;avant de l&apos;avoir reçue. J&apos;ai bien pleuré en la lisant: ce n&apos;est pas cela que je vous reproche; j&apos;ai déjà bien pleuré des fois à cause de vous, sans que ça me fasse de la peine. Mais cette fois-ci, ce n&apos;est pas la même chose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Qu&apos;est-ce donc que vous voulez dire, que votre amour devient un tourment pour vous, que vous ne pouvez plus vivre ainsi, ni soutenir plus longtemps votre situation? Est-ce que vous allez cesser de m&apos;aimer, parce que cela n&apos;est pas si agréable qu&apos;autrefois? Il me semble que je ne suis pas plus heureuse que vous, bien au contraire; et pourtant je ne vous aime que davantage. Si M. de Valmont ne vous a pas écrit, ce n&apos;est pas ma faute; je n&apos;ai pas pu l&apos;en prier, parce que je n&apos;ai pas été seule avec lui, et que nous sommes convenus que nous ne nous parlerions jamais devant le monde: et ça, c&apos;est encore pour vous; afin qu&apos;il puisse faire le plus tôt ce que vous désirez. Je ne dis pas que je ne le désire pas aussi, et vous devez en être bien sûr: mais comment voulez-vous que je fasse? Si vous croyez que c&apos;est facile, trouvez donc le moyen, je ne demande pas mieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Croyez-vous qu&apos;il me soit bien agréable d&apos;être grondée tous les jours par Maman, elle qui auparavant ne me disait jamais rien, bien au contraire? A présent, c&apos;est pis que si j&apos;étais au Couvent. Je m&apos;en consolais pourtant en songeant que c&apos;était pour vous; il y avait même des moments où je trouvais que j&apos;en étais bien aise; mais quand je vois que vous êtes fâché aussi, et ça sans qu&apos;il y ait du tout de ma faute, je deviens plus chagrine que pour tout ce qui vient de m&apos;arriver jusqu&apos;ici.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rien que pour recevoir vos lettres, c&apos;est un embarras, que si M. de Valmont n&apos;était pas aussi complaisant et aussi adroit qu&apos;il l&apos;est, je ne saurais comment faire; et pour vous écrire, c&apos;est plus difficile encore. De toute la matinée, je n&apos;ose pas, parce que Maman est tout près de moi, et qu&apos;elle vient à tout moment dans ma chambre. Quelquefois je le peux l&apos;après-midi; sous prétexte de chanter ou de jouer de la harpe; encore faut-il que j&apos;interrompe à chaque ligne pour qu&apos;on entende que j&apos;étudie. Heureusement ma Femme de chambre s&apos;endort quelquefois le soir, et je lui dis que je me coucherai bien toute seule, afin qu&apos;elle s&apos;en aille et me laisse de la lumière. Et puis, il faut que je me mette sous mon rideau, pour qu&apos;on ne puisse pas voir de clarté, et puis que j&apos;écoute au moindre bruit pour pouvoir tout cacher dans mon lit, si on venait. Je voudrais que vous y fussiez, pour voir! Vous verriez bien qu&apos;il faut bien aimer pour faire ça. Enfin, il est bien vrai que je fais tout ce que je peux, et que je voudrais en pouvoir faire davantage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Assurément, je ne refuse pas de vous dire que je vous aime et que je vous aimerai toujours; jamais je ne l&apos;ai dit de meilleur cœur; et vous êtes fâché! Vous m&apos;aviez pourtant bien assuré, avant que je vous l&apos;eusse dit, que cela suffisait pour vous rendre heureux. Vous ne pouvez pas le nier: c&apos;est dans vos Lettres. Quoique je ne les aie plus, je m&apos;en souviens comme quand je les lisais tous les jours. Et parce que nous voilà absents, vous ne pensez plus de même! Mais cette absence ne durera pas toujours, peut-être? Mon Dieu, que je suis malheureuse! et c&apos;est bien vous qui en êtes cause!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A propos de vos Lettres, j&apos;espère que vous avez gardé celles que Maman m&apos;a prises, et qu&apos;elle vous a renvoyées; il faudra bien qu&apos;il vienne un temps où je ne serai plus si gênée qu&apos;à présent, et vous me les rendrez toutes. Comme je serai heureuse, quand je pourrai les garder toujours, sans que personne ait rien à y voir! A présent, je les remets à M. de Valmont, parce qu&apos;il y aurait trop à risquer autrement: malgré cela je ne lui en rends jamais, que cela ne me fasse bien de la peine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, mon cher ami. Je vous aime de tout mon cœur. Je vous aimerai toute ma vie. J&apos;espère qu&apos;à présent vous n&apos;êtes plus fâché; et si j&apos;en étais sûre, je ne le serais plus moi-même. Ecrivez-moi le plus tôt que vous pourrez, car je sens que jusque-là je serai toujours triste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;Du Château de... ce 21 septembre 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Fri, 28 Jul 2006 21:45:34 GMT</pubDate>
  <title>Lettre LXXV: Cécile Volanges à Sophie Carnay</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/4593.html</link>
  <description>&lt;i&gt;(Nota. - Dans cette Lettre, Cécile Volanges rend compte avec le plus grand détail de tout ce qui est relatif à elle dans les événements que le Lecteur a vus &lt;a href=&quot;http://valmont-1782.livejournal.com/5838.html&quot;&gt;lettre LIX&lt;/a&gt; et suivantes. On a cru devoir supprimer cette répétition. Elle parle enfin du Vicomte de Valmont, et elle exprime ainsi:) &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Je t&apos;assure que c&apos;est un homme bien extraordinaire. Maman en dit beaucoup de mal; mais le Chevalier Danceny en dit beaucoup de bien, et je crois que c&apos;est lui qui a raison. Je n&apos;ai jamais vu d&apos;homme aussi adroit. Quand il m&apos;a rendu &lt;a href=&quot;http://danceny-1782.livejournal.com/2318.html&quot;&gt;la Lettre&lt;/a&gt; de Danceny, c&apos;était au milieu de tout le monde, et personne n&apos;en a rien vu; il est vrai que j&apos;ai eu bien peur parce que je n&apos;étais prévenue de rien: mais à présent je m&apos;y attendrai. J&apos;ai déjà fort bien compris comment il voulait que je fisse pour lui remettre ma Réponse. Il est bien facile de s&apos;entendre avec lui, car il a un regard qui dit tout ce qu&apos;il veut. Je ne sais pas comment il fait: il me disait dans &lt;a href=&quot;http://valmont-1782.livejournal.com/7120.html&quot;&gt;le billet&lt;/a&gt; dont je t&apos;ai parlé qu&apos;il n&apos;aurait pas l&apos;air de s&apos;occuper de moi devant Maman: en effet, on dirait toujours qu&apos;il n&apos;y songe pas; et pourtant toutes les fois que je cherche ses yeux, je suis sûre de les rencontrer tout de suite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a ici une bonne amie de Maman, que je ne connaissais pas, qui a aussi l&apos;air de ne guère aimer M. de Valmont, quoiqu&apos;il ait bien des attentions pour elle. J&apos;ai peur qu&apos;il ne s&apos;ennuie bientôt de la vie qu&apos;on mène ici, et qu&apos;il ne s&apos;en retourne à Paris; cela serait bien fâcheux. Il faut qu&apos;il ait bien bon cœur d&apos;être venu exprès pour rendre service à son ami et à moi! Je voudrais bien lui en témoigner ma reconnaissance, mais je ne sais comment faire pour lui parler; et quand j&apos;en trouverais l&apos;occasion, je serais si honteuse, que je ne saurais peut-être que lui dire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n&apos;y a que Madame de Merteuil avec qui je parle librement, quand je parle de mon amour. Peut-être même qu&apos;avec toi, à qui je dis tout, si c&apos;était en causant, je serais embarrassée. Avec Danceny lui-même, j&apos;ai souvent senti, comme malgré moi, une certaine crainte qui m&apos;empêchait de lui dire tout ce que je pensais. Je me le reproche bien à présent, et je donnerais tout au monde pour trouver le moment de lui dire une fois, une seule fois, combien je l&apos;aime. M. de Valmont lui a promis que, si je me laissais conduire, il nous procurerait l&apos;occasion de nous revoir. Je ferai bien assez ce qu&apos;il voudra; mais je ne peux pas concevoir que cela soit possible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma bonne amie, je n&apos;ai plus de place.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;Du Château de..., ce 14 septembre 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Fri, 28 Jul 2006 21:41:55 GMT</pubDate>
  <title>Lettre LXIX: Cécile Volanges au Chevalier Danceny</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/4189.html</link>
  <description>&lt;center&gt;&lt;i&gt;(Billet écrit au crayon, et recopié par Danceny.) &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/center&gt;Vous me demandez ce que je fais; je vous aime, et je pleure. Ma mère ne me parle plus; elle m&apos;a ôté papier, plumes et encre; je me sers d&apos;un crayon, qui par bonheur m&apos;est resté, et je vous écris sur un morceau de &lt;a href=&quot;http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/20005.html&quot;&gt;votre Lettre&lt;/a&gt;. Il faut bien que j&apos;approuve tout ce que vous avez fait; je vous aime trop pour ne pas prendre tous les moyens d&apos;avoir de vos nouvelles et de vous donner des miennes. Je n&apos;aimais pas M. de Valmont, et je ne le croyais pas tant votre ami; je tâcherai de m&apos;accoutumer à lui, et je l&apos;aimerai à cause de vous. Je ne sais pas qui est-ce qui nous a trahis; ce ne peut être que ma Femme de chambre ou mon Confesseur. Je suis bien malheureuse: nous partons demain pour la campagne; j&apos;ignore pour combien de temps. Mon Dieu! ne plus vous voir! Je n&apos;ai plus de place. Adieu; tâchez de me lire. Ces mots tracés au crayon effaceront peut-être, mais jamais les sentiments gravés dans mon cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De..., ce 10 septembre 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Fri, 28 Jul 2006 21:40:38 GMT</pubDate>
  <title>Lettre LXI: Cécile Volanges à Sophie Carnay</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/3944.html</link>
  <description>Ma chère Sophie, plains ta Cécile, ta pauvre Cécile; elle est bien malheureuse! Maman sait tout. Je ne conçois pas comment elle a pu se douter de quelque chose, et pourtant elle a tout découvert. Hier au soir, Maman me parut bien avoir un peu d&apos;humeur; mais je n&apos;y fis pas grande attention; et même en attendant que sa partie fût finie, je causai très gaiement avec Madame de Merteuil qui avait soupé ici, et nous parlâmes beaucoup de Danceny. Je ne crois pourtant pas qu&apos;on ait pu nous entendre. Elle s&apos;en alla, et je me retirai dans mon appartement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Je me déshabillais, quand Maman entra et fit sortir ma Femme de chambre; elle me demanda la clef de mon secrétaire. Le ton dont elle me fit cette demande me causa un tremblement si fort que je pouvais à peine me soutenir. Je faisais semblant de ne la pas trouver, mais enfin il fallut obéir. Le premier tiroir qu&apos;elle ouvrit fut justement celui où étaient les lettres du Chevalier Danceny. J&apos;étais si troublée, que quand elle me demanda ce que c&apos;était, je ne sus lui répondre autre chose, sinon que ce n&apos;était rien; mais quand je la vis commencer à lire celle qui se présentait la première, je n&apos;eus que le temps de gagner un fauteuil, et je me trouvai mal au point que je perdis connaissance. Aussitôt que je revins à moi, ma mère, qui avait appelé ma Femme de chambre, se retira, en me disant de me coucher. Elle a emporté toutes les lettres de Danceny. Je frémis toutes les fois que je songe qu&apos;il me faudra reparaître devant elle. Je n&apos;ai fait que pleurer toute la nuit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je t&apos;écris au point du jour, dans l&apos;espoir que Joséphine viendra. Si je peux lui parler seule, je la prierai de remettre chez Madame de Merteuil un petit billet que je vas lui écrire; sinon, je le mettrai dans ta lettre, et tu voudras bien l&apos;envoyer comme de toi. Ce n&apos;est que d&apos;elle que je puis recevoir quelque consolation. Au moins, nous parlerons de lui, car je n&apos;espère plus le voir. Je suis bien malheureuse! Elle aura peut-être la bonté de se charger d&apos;une Lettre pour Danceny. Je n&apos;ose pas me confier à Joséphine pour cet objet, et encore moins à ma Femme de chambre; car c&apos;est peut-être elle qui aura dit à ma mère que j&apos;avais des Lettres dans mon secrétaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne t&apos;écrirai pas plus longuement, parce que je veux avoir le temps d&apos;écrire à Madame de Merteuil, et aussi à Danceny, pour avoir ma Lettre toute prête, si elle veut bien s&apos;en charger. Après cela, je me recoucherai, pour qu&apos;on me trouve au lit quand on entrera dans ma chambre. Je dirai que je suis malade, pour me dispenser de passer chez Maman. Je ne mentirai pas beaucoup; sûrement je souffre plus que si j&apos;avais la fièvre. Les yeux me brûlent à force d&apos;avoir pleuré; et j&apos;ai un poids sur l&apos;estomac, qui m&apos;empêche de respirer. Quand je songe que je ne verrai plus Danceny, je voudrais être morte. Adieu, ma chère Sophie. Je ne peux t&apos;en dire davantage; les larmes me suffoquent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De..., ce 7 septembre 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Fri, 28 Jul 2006 21:34:56 GMT</pubDate>
  <title>Lettre LV: Cécile Volanges à Sophie Carnay</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/3612.html</link>
  <description>Tu avais raison, ma chère Sophie; tes prophéties réussissent mieux que tes conseils. Danceny, comme tu l&apos;avais prédit, a été plus fort que le Confesseur, que toi, que moi-même; et nous voilà revenus exactement où nous en étions. Ah! je ne m&apos;en repens pas; et toi, si tu m&apos;en grondes ce sera faute de savoir le plaisir qu&apos;il y a à aimer Danceny. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Il t&apos;est bien aisé de dire comme il faut faire, rien ne t&apos;en empêche; mais si tu avais éprouvé combien le chagrin de quelqu&apos;un qu&apos;on aime nous fait mal, comment sa joie devient la nôtre, et comment il est difficile de dire non, quand c&apos;est oui que l&apos;on veut dire, tu ne t&apos;étonnerais plus de rien: moi-même qui l&apos;ai senti, bien vivement senti, je ne le comprends pas encore. Crois-tu, par exemple, que je puisse voir pleurer Danceny sans pleurer moi-même? Je t&apos;assure bien que cela m&apos;est impossible; et quand il est content, je suis heureuse comme lui. Tu auras beau dire; ce qu&apos;on dit ne change pas ce qui est, et je suis bien sûre que c&apos;est comme ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je voudrais te voir à ma place... Non, ce n&apos;est pas là ce que je veux dire, car sûrement je ne voudrais céder ma place à personne: mais je voudrais que tu aimasses aussi quelqu&apos;un; ce ne serait pas seulement pour que tu m&apos;entendisses mieux, et que tu me grondasses moins; car c&apos;est qu&apos;aussi tu serais plus heureuse, ou, pour mieux dire, tu commencerais seulement alors à le devenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nos amusements, nos rires, tout cela, vois-tu, ce ne sont que des jeux d&apos;enfants; il n&apos;en reste rien après qu&apos;ils sont passés. Mais l&apos;amour, ah! l&apos;amour!... un mot, un regard, seulement de le savoir là, eh bien! c&apos;est le bonheur. Quand je vois Danceny, je ne désire plus rien; quand je ne le vois pas, je ne désire que lui. Je ne sais comment cela se fait: mais on dirait que tout ce qui me plaît lui ressemble. Quand il n&apos;est pas avec moi, j&apos;y songe; et quand je peux y songer tout à fait, sans distraction, quand je suis toute seule, par exemple, je suis encore heureuse; je ferme les yeux, et tout de suite je crois le voir; je me rappelle ses discours, et je crois l&apos;entendre; cela me fait soupirer; et puis je sens un feu, une agitation... Je ne saurais tenir en place. C&apos;est comme un tourment, et ce tourment-là fait un plaisir inexprimable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je crois même que quand une fois on a de l&apos;amour, cela se répand jusque sur l&apos;amitié. Celle que j&apos;ai pour toi n&apos;a pourtant pas changé; c&apos;est toujours comme au Couvent: mais ce que je te dis, je l&apos;éprouve avec Madame de Merteuil. Il me semble que je l&apos;aime plus comme Danceny que comme toi, et quelquefois je voudrais qu&apos;elle fût lui. Cela vient peut-être de ce que ce n&apos;est pas une amitié d&apos;enfant comme la nôtre; ou bien de ce que je les vois si souvent ensemble, ce qui fait que je me trompe. Enfin, ce qu&apos;il y a de vrai, c&apos;est qu&apos;à eux deux, ils me rendent bien heureuse; et après tout, je ne crois pas qu&apos;il y ait grand mal à ce que je fais. Aussi je ne demanderais qu&apos;à rester comme je suis; et il n&apos;y a que l&apos;idée de mon mariage qui me fasse de la peine: car si M. de Gercourt est comme on me l&apos;a dit, et je n&apos;en doute pas, je ne sais pas ce que je deviendrai. Adieu, ma Sophie; je t&apos;aime toujours bien tendrement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De..., ce 4 septembre 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Sat, 13 May 2006 17:27:20 GMT</pubDate>
  <title>Lettre XLIX: Cécile Volanges au Chevalier Danceny</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/3384.html</link>
  <description>Sans être ni légère, ni trompeuse, il me suffit, Monsieur, d&apos;être éclairée sur ma conduite, pour sentir la nécessité d&apos;en changer; j&apos;en ai promis le sacrifice à Dieu, jusqu&apos;à ce que je puisse lui offrir aussi celui de mes sentiments pour vous, que l&apos;état Religieux dans lequel vous êtes rend plus criminels encore. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Je sens bien que cela me fera de la peine, et je ne vous cacherai même pas que depuis avant-hier j&apos;ai pleuré toutes les fois que j&apos;ai songé à vous. Mais j&apos;espère que Dieu me fera la grâce de me donner la force nécessaire pour vous oublier, comme je la lui demande soir et matin. J&apos;attends même de votre amitié, et de votre honnêteté, que vous ne chercherez pas à me troubler dans la bonne résolution qu&apos;on m&apos;a inspirée, et dans laquelle je tâche de me maintenir. En conséquence, je vous demande d&apos;avoir la complaisance de ne me plus écrire, d&apos;autant que je vous préviens que je ne vous répondrais plus, et que vous me forceriez d&apos;avertir Maman de tout ce qui se passe: ce qui me priverait tout à fait du plaisir de vous voir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n&apos;en conserverai pas moins pour vous tout l&apos;attachement qu&apos;on puisse avoir sans qu&apos;il y ait du mal; et c&apos;est bien de toute mon âme que je vous souhaite toute sorte de bonheur. Je sens bien que vous allez ne plus m&apos;aimer autant, et que peut-être vous en aimerez bientôt une autre mieux que moi. Mais ce sera une pénitence de plus, de la faute que j&apos;ai commise en vous donnant mon cœur, que je ne devais donner qu&apos;à Dieu, et à mon mari quand j&apos;en aurai un. J&apos;espère que la miséricorde divine aura pitié de ma faiblesse, et qu&apos;elle ne me donnera de peine que ce que j&apos;en pourrai supporter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, Monsieur; je peux bien vous assurer que s&apos;il m&apos;était permis d&apos;aimer quelqu&apos;un, ce ne serait jamais que vous que j&apos;aimerais. Mais voilà tout ce que je peux vous dire, et c&apos;est peut-être même plus que je ne devrais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De..., ce 31 août 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Sat, 13 May 2006 17:26:26 GMT</pubDate>
  <title>Lettre XXXIX: Cécile Volanges à Sophie Carnay</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/3250.html</link>
  <description>Je suis triste et inquiète, ma chère Sophie. J&apos;ai pleuré presque toute la nuit. Ce n&apos;est pas que pour le moment je ne sois bien heureuse; mais je prévois que cela ne durera pas. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J&apos;ai été hier à l&apos;Opéra avec Madame de Merteuil; nous y avons beaucoup parlé de mon mariage, et je n&apos;en ai rien appris de bon. C&apos;est M. le Comte de Gercourt que je dois épouser, et ce doit être au mois d&apos;Octobre. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Il est riche, il est homme de qualité, il est Colonel du régiment de... Jusque-là tout va fort bien. Mais d&apos;abord il est vieux: figure-toi qu&apos;il a au moins trente-six ans! et puis, Madame de Merteuil dit qu&apos;il est triste et sévère, et qu&apos;elle craint que je ne sois pas heureuse avec lui. J&apos;ai même bien vu qu&apos;elle en était sûre, et qu&apos;elle ne voulait pas me le dire, pour ne pas m&apos;affliger. Elle ne m&apos;a presque entretenue toute la soirée que des devoirs des femmes envers leurs maris. Elle convient que M. de Gercourt n&apos;est pas aimable du tout, et elle dit pourtant qu&apos;il faudra que je l&apos;aime. Ne m&apos;a-t-elle pas dit aussi qu&apos;une fois mariée, je ne devais plus aimer le Chevalier Danceny? comme si c&apos;était possible! Oh! je t&apos;assure bien que je l&apos;aimerai toujours. Vois-tu, j&apos;aimerais mieux, plutôt, ne pas me marier. Que ce M. de Gercourt s&apos;arrange, je ne l&apos;ai pas été chercher. Il est en Corse à présent, bien loin d&apos;ici; je voudrais qu&apos;il y restât dix ans. Si je n&apos;avais pas peur de rentrer au Couvent, je dirais bien à Maman que je ne veux pas de ce mari-là; mais ce serait encore pis. Je suis bien embarrassée. Je sens que je n&apos;ai jamais tant aimé M. Danceny qu&apos;à présent; et quand je songe qu&apos;il ne me reste plus qu&apos;un mois à être comme je suis, les larmes me viennent aux yeux tout de suite; je n&apos;ai de consolation que dans l&apos;amitié de Madame de Merteuil; elle a si bon cœur! elle partage tous mes chagrins comme moi-même; et puis elle est si aimable que, quand je suis avec elle, je n&apos;y songe presque plus. D&apos;ailleurs elle m&apos;est bien utile; car le peu que je sais, c&apos;est elle qui me l&apos;a appris: et elle est si bonne, que je lui dis tout ce que je pense, sans être honteuse du tout. Quand elle trouve que ce n&apos;est pas bien, elle me gronde quelquefois; mais c&apos;est tout doucement, et puis je l&apos;embrasse de tout mon cœur, jusqu&apos;à ce qu&apos;elle ne soit plus fâchée. Au moins celle-là, je peux bien l&apos;aimer tant que je voudrai, sans qu&apos;il y ait du mal, et ça me fait bien du plaisir. Nous sommes pourtant convenues que je n&apos;aurais pas l&apos;air de l&apos;aimer tant devant le monde, et surtout devant Maman, afin qu&apos;elle ne se méfie de rien au sujet du Chevalier Danceny. Je t&apos;assure que si je pouvais toujours vivre comme je fais à présent, je crois que je serais bien heureuse. Il n&apos;y a que ce vilain M. de Gercourt!... Mais je ne veux pas t&apos;en parler davantage: car je redeviendrais triste. Au lieu de cela, je vas écrire au Chevalier Danceny; je ne lui parlerai que de mon amour et non de mes chagrins, car je ne veux pas l&apos;affliger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma bonne amie. Tu vois bien que tu aurais tort de te plaindre, et que j&apos;ai beau être &lt;i&gt;occupée&lt;/i&gt;, comme tu dis, qu&apos;il ne m&apos;en reste pas moins le temps de t&apos;aimer et de t&apos;écrire.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De..., ce 27 août 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Sat, 13 May 2006 17:25:05 GMT</pubDate>
  <title>Lettre XXX: Cécile Volanges au Chevalier Danceny</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/2852.html</link>
  <description>Enfin, Monsieur, je consens à vous écrire, à vous assurer de mon amitié, de mon &lt;i&gt;amour&lt;/i&gt;, puisque, sans cela, vous seriez malheureux. Vous dites que je n&apos;ai pas bon cœur; je vous assure bien que vous vous trompez, et j&apos;espère qu&apos;à présent vous n&apos;en doutez plus. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Si vous avez du chagrin de ce que je ne vous écrivais pas, croyez-vous que ça ne me faisait pas de la peine aussi? Mais c&apos;est que, pour toute chose au monde, je ne voudrais pas faire quelque chose qui fût mal; et même je ne serais sûrement pas convenue de mon amour, si j&apos;avais pu m&apos;en empêcher: mais votre tristesse me faisait trop de peine. J&apos;espère qu&apos;à présent vous n&apos;en aurez plus, et que nous allons être bien heureux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je compte avoir le plaisir de vous voir ce soir, et que vous viendrez de bonne heure; ce ne sera jamais aussi tôt que je le désire. Maman soupe chez elle, et je crois qu&apos;elle vous proposera d&apos;y rester: j&apos;espère que vous ne serez pas engagé comme avant-hier. C&apos;était donc bien agréable, le souper où vous alliez? car vous y avez été de bien bonne heure. Mais enfin ne parlons pas de ça: à présent que vous savez que je vous aime, j&apos;espère que vous resterez avec moi le plus que vous pourrez; car je ne suis contente que lorsque je suis avec vous, et je voudrais bien que vous fussiez tout de même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis bien fâchée que vous êtes encore triste à présent, mais ce n&apos;est pas ma faute. Je demanderai à jouer de la harpe aussitôt que vous serez arrivé, afin que vous ayez ma lettre tout de suite. Je ne peux mieux faire...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, Monsieur. Je vous aime bien, de tout mon cœur; plus je vous le dis, plus je suis contente; j&apos;espère que vous le serez aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De ..., ce 24 août 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Sat, 13 May 2006 17:24:13 GMT</pubDate>
  <title>Lettre XXIX: Cécile Volanges à Sophie Carnay</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/2778.html</link>
  <description>Je te le disais bien, Sophie, qu&apos;il y avait des cas où on pouvait écrire; et je t&apos;assure que je me reproche bien d&apos;avoir suivi ton avis, qui nous a tant fait de peine, au Chevalier Danceny et à moi. La preuve que j&apos;avais raison, c&apos;est que Madame de Merteuil, qui est une femme qui sûrement le sait bien, a fini par penser comme moi. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Je lui ai tout avoué. Elle m&apos;a bien dit d&apos;abord comme toi: mais quand je lui ai eu tout expliqué, elle est convenue que c&apos;était bien différent; elle exige seulement que je lui fasse voir toutes mes Lettres et toutes celles du Chevalier Danceny, afin d&apos;être sûre que je ne dirai que ce qu&apos;il faudra; ainsi, à présent, me voilà tranquille. Mon Dieu, que je l&apos;aime Madame de Merteuil! elle est si bonne! et c&apos;est une femme bien respectable. Ainsi il n&apos;y a rien à dire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme je m&apos;en vais écrire à M. Danceny, et comme il va être content! il le sera encore plus qu&apos;il ne croit; car jusqu&apos;ici je ne lui parlais que de mon amitié, et lui voulait toujours que je dise mon amour. Je crois que c&apos;était bien la même chose; mais enfin je n&apos;osais pas, et il tenait à cela. Je l&apos;ai dit à Madame de Merteuil; elle m&apos;a dit que j&apos;avais eu raison, et qu&apos;il ne fallait convenir d&apos;avoir de l&apos;Amour, que quand on ne pouvait plus s&apos;en empêcher: or je suis bien sûre que je ne pourrai pas m&apos;en empêcher plus longtemps; après tout c&apos;est la même chose, et cela lui plaira davantage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Madame de Merteuil m&apos;a dit aussi qu&apos;elle me prêterait des Livres qui parlaient de tout cela, et qui m&apos;apprendraient bien à me conduire, et aussi à mieux écrire que je ne fais: car, vois-tu, elle me dit tous mes défauts, ce qui est une preuve qu&apos;elle m&apos;aime bien; elle m&apos;a recommandé seulement de ne rien dire à Maman de ces Livres-là parce que ça aurait l&apos;air de trouver qu&apos;elle a trop négligé mon éducation, et ça pourrait la fâcher. Oh! je ne lui en dirai rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C&apos;est pourtant bien extraordinaire qu&apos;une femme qui ne m&apos;est presque pas parente prenne plus de soin de moi que ma mère! c&apos;est bien heureux pour moi de l&apos;avoir connue!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle a demandé aussi à Maman de me mener après-demain à l&apos;Opéra, dans sa loge; elle m&apos;a dit que nous y serions toutes seules, et nous causerons tout le temps, sans craindre qu&apos;on nous entende: j&apos;aime bien mieux cela que l&apos;Opéra. Nous causerons aussi de mon mariage: car elle m&apos;a dit que c&apos;était bien vrai que j&apos;allais me marier; mais nous n&apos;avons pas pu en dire davantage. Par exemple, n&apos;est-ce pas encore bien étonnant que Maman ne m&apos;en dise rien du tout?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma Sophie, je m&apos;en vas écrire au Chevalier Danceny. Oh! je suis bien contente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De ..., ce 24 août 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Sat, 13 May 2006 17:22:48 GMT</pubDate>
  <title>Lettre XXVII: Cécile Volanges à la Marquise de Merteuil</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/2495.html</link>
  <description>Mon Dieu, que vous êtes bonne, Madame! comme vous avez bien senti qu&apos;il me serait plus facile de vous écrire que de vous parler! Aussi, c&apos;est que ce que j&apos;ai à vous dire est bien difficile; mais vous êtes mon amie, n&apos;est-il pas vrai? Oh! oui, ma bien bonne amie! Je vais tâcher de n&apos;avoir pas peur; et puis, j&apos;ai tant besoin de vous, de vos conseils! &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;J&apos;ai bien du chagrin, il me semble que tout le monde devine ce que je pense; et surtout quand il est là, je rougis dès qu&apos;on me regarde. Hier, quand vous m&apos;avez vue pleurer, c&apos;est que je voulais vous parler, et puis, je ne sais quoi m&apos;en empêchait; et quand vous m&apos;avez demandé ce que j&apos;avais, mes larmes sont venues malgré moi. Je n&apos;aurais pas pu dire une parole. Sans vous, Maman allait s&apos;en apercevoir, et qu&apos;est-ce que je serais devenue? Voilà pourtant comme je passe ma vie, surtout depuis quatre jours! C&apos;est ce jour-là, Madame, oui je vais vous le dire, c&apos;est ce jour-là que M. le Chevalier Danceny m&apos;a écrit: oh! je vous assure que quand j&apos;ai trouvé &lt;a href=&quot;http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/6792.html&quot;&gt;sa Lettre&lt;/a&gt;, je ne savais pas du tout ce que c&apos;était; mais, pour ne pas mentir, je ne peux pas dire que je n&apos;aie eu bien du plaisir en la lisant; voyez- vous, j&apos;aimerais mieux avoir du chagrin toute ma vie, que s&apos;il ne me l&apos;eût pas écrite. Mais je savais bien que je ne devais pas le lui dire, et je peux bien vous assurer même que je lui ai dit que j&apos;en étais fâchée; mais il dit que c&apos;était plus fort que lui, et je le crois bien; car j&apos;avais résolu de ne lui pas répondre, et pourtant je n&apos;ai pas pu m&apos;en empêcher. Oh! je ne lui ai écrit qu&apos;une fois, et même c&apos;était, en partie, pour lui dire de ne plus m&apos;écrire: mais malgré cela il m&apos;écrit toujours; et comme je ne lui réponds pas, je vois bien qu&apos;il est triste, et ça m&apos;afflige encore davantage: si bien que je ne sais plus que faire, ni que devenir, et que je suis bien à plaindre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dites-moi, je vous en prie, Madame, est-ce que ce serait bien mal de lui répondre de temps en temps? seulement jusqu&apos;à ce qu&apos;il ait pu prendre sur lui de ne plus m&apos;écrire lui-même, et de rester comme nous étions avant: car, pour moi, si cela continue, je ne sais pas ce que je deviendrai. Tenez, en lisant &lt;a href=&quot;http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/10189.html&quot;&gt;sa dernière Lettre&lt;/a&gt;, j&apos;ai pleuré que ça ne finissait pas; et je suis bien sûre que si je ne lui réponds pas encore, ça nous fera bien de la peine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vais vous envoyer sa Lettre aussi, ou bien une copie, et vous jugerez; vous verrez bien que ce n&apos;est rien de mal qu&apos;il demande. Cependant si vous trouvez que ça ne se doit pas, je vous promets de m&apos;en empêcher; mais je crois que vous penserez comme moi, que ce n&apos;est pas là du mal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant que j&apos;y suis, Madame, permettez-moi de vous faire encore une question: on m&apos;a bien dit que c&apos;était mal d&apos;aimer quelqu&apos;un; mais pourquoi cela? Ce qui me fait vous le demander, c&apos;est que M. le Chevalier Danceny prétend que ce n&apos;est pas mal du tout, et que presque tout le monde aime; si cela était, je ne vois pas pourquoi je serais la seule à m&apos;en empêcher; ou bien est-ce que ce n&apos;est un mal que pour les demoiselles? car j&apos;ai entendu Maman elle-même dire que Madame D... aimait M. M... et elle n&apos;en parlait pas comme d&apos;une chose qui serait si mal; et pourtant je suis sûre qu&apos;elle se fâcherait contre moi, si elle se doutait seulement de mon amitié pour M. Danceny. Elle me traite toujours comme un enfant, Maman; et elle ne me dit rien du tout. Je croyais, quand elle m&apos;a fait sortir du Couvent, que c&apos;était pour me marier; mais à présent il me semble que non: ce n&apos;est pas que je m&apos;en soucie, je vous assure; mais vous, qui êtes si amie avec elle, vous savez peut-être ce qui en est, et si vous le savez, j&apos;espère que vous me le direz.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà une bien longue Lettre, Madame, mais puisque vous m&apos;avez permis de vous écrire, j&apos;en ai profité pour vous dire tout, et je compte sur votre amitié.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J&apos;ai l&apos;honneur d&apos;être, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 23 août 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Sat, 13 May 2006 17:18:14 GMT</pubDate>
  <title>Lettre XVIII: Cécile Volanges à Sophie Carnay</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/1812.html</link>
  <description>Quoi! Sophie, tu blâmes d&apos;avance ce que je vais faire! J&apos;avais déjà bien assez d&apos;inquiétudes; voilà que tu les augmentes encore. Il est clair, dis-tu, que je ne dois pas répondre. Tu en parles bien à ton aise; et d&apos;ailleurs, tu ne sais pas au juste ce qui en est: tu n&apos;es pas là pour voir. Je suis sûre que si tu étais à ma place, tu ferais comme moi. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Sûrement, en général, on ne doit pas répondre; et tu as bien vu, par ma lettre d&apos;hier, que je ne le voulais pas non plus: mais c&apos;est que je ne crois pas que personne se soit jamais trouvé dans le cas où je suis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et encore être obligée de me décider toute seule! Madame de Merteuil, que je comptais voir hier au soir, n&apos;est pas venue. Tout s&apos;arrange contre moi: c&apos;est elle qui est cause que je le connais. C&apos;est presque toujours avec elle que je l&apos;ai vu, que je lui ai parlé. Ce n&apos;est pas que je lui en veuille du mal: mais elle me laisse là au moment de l&apos;embarras. Oh! je suis bien à plaindre!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Figure-toi qu&apos;il est venu hier comme à l&apos;ordinaire. J&apos;étais si troublée que je n&apos;osais le regarder. Il ne pouvait pas me parler, parce que Maman était là. Je me doutais bien qu&apos;il serait fâché, quand il verrait que je ne lui avais pas écrit. Je ne savais quelle contenance faire. Un instant après il me demanda si je voulais qu&apos;il allât chercher ma harpe. Le cœur me battait si fort, que ce fut tout ce que je pus faire que de répondre qu&apos;oui. Quand il revint, c&apos;était bien pis. Je ne le regardai qu&apos;un petit moment. Il ne me regardait pas, lui; mais il avait un air qu&apos;on aurait dit qu&apos;il était malade. Ça me faisait bien de la peine. Il se mit à accorder ma harpe, et après, en me l&apos;apportant, il me dit: «Ah! Mademoiselle!» Il ne me dit que ces deux mots-là; mais c&apos;était d&apos;un ton que j&apos;en fus toute bouleversée. Je préludais sur ma harpe, sans savoir ce que je faisais. Maman demanda si nous ne chanterions pas. Lui s&apos;excusa, en disant qu&apos;il était un peu malade; et moi, qui n&apos;avais pas d&apos;excuse, il me fallut chanter. J&apos;aurais voulu n&apos;avoir jamais eu de voix. Je choisis exprès un air que je ne savais pas; car j&apos;étais bien sûre que je ne pourrais en chanter aucun, et on se serait aperçu de quelque chose. Heureusement il vint une visite; et, dès que j&apos;entendis entrer un carrosse, je cessai, et le priai de reporter ma harpe. J&apos;avais bien peur qu&apos;il ne s&apos;en allât en même temps; mais il revint.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant que Maman et cette Dame qui était venue causaient ensemble, je voulus le regarder encore un petit moment. Je rencontrai ses yeux, et il me fut impossible de détourner les miens. Un moment après je vis ses larmes couler, et il fut obligé de se retourner pour n&apos;être pas vu. Pour le coup, je ne pus y tenir; je sentis que j&apos;allais pleurer aussi. Je sortis, et tout de suite j&apos;écrivis avec un crayon, sur un chiffon de papier: «Ne soyez donc pas si triste, je vous en prie; je promets de vous répondre.» Sûrement, tu ne peux pas dire qu&apos;il y ait du mal à cela; et puis c&apos;était plus fort que moi. Je mis mon papier aux cordes de ma harpe, comme sa lettre était, et je revins dans le salon. Je me sentais plus tranquille. Il me tardait bien que cette Dame s&apos;en fût. Heureusement, elle était en visite; elle s&apos;en alla bientôt après. Aussitôt qu&apos;elle fut sortie, je dis que je voulais reprendre ma harpe, et je le priai de l&apos;aller chercher. Je vis bien, à son air, qu&apos;il ne se doutait de rien. Mais au retour, oh! comme il était content! En posant ma harpe vis-à-vis de moi, il se plaça de façon que Maman ne pouvait voir, et il prit ma main qu&apos;il serra, mais d&apos;une façon! ce ne fut qu&apos;un moment: mais je ne saurais te dire le plaisir que ça m&apos;a fait. Je la retirai pourtant; ainsi je n&apos;ai rien à me reprocher.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A présent, ma bonne amie, tu vois bien que je ne peux pas me dispenser de lui écrire, puisque je le lui ai promis; et puis, je n&apos;irai pas lui refaire du chagrin; car j&apos;en souffre plus que lui. Si c&apos;était pour quelque chose de mal, sûrement je ne le ferais pas. Mais quel mal peut-il y avoir à écrire, surtout quand c&apos;est pour empêcher quelqu&apos;un d&apos;être malheureux? Ce qui m&apos;embarrasse, c&apos;est que je ne saurai pas bien faire ma lettre: mais il sentira bien que ce n&apos;est pas ma faute; et puis je suis sûre que rien que de ce qu&apos;elle sera de moi, elle lui fera toujours plaisir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma chère amie. Si tu trouves que j&apos;ai tort, dis-le-moi; mais je ne crois pas. A mesure que le moment de lui écrire approche, mon cœur bat que ça ne se conçoit pas. Il le faut pourtant bien, puisque je l&apos;ai promis. Adieu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De ..., ce 20 août 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Sat, 13 May 2006 17:17:03 GMT</pubDate>
  <title>Lettre XVI: Cécile Volanges à Sophie Carnay</title>
  <link>http://cecile-1782.livejournal.com/1653.html</link>
  <description>Ah! ma Sophie, voici bien des nouvelles! je ne devrais peut-être pas te les dire: mais il faut bien que j&apos;en parle à quelqu&apos;un; c&apos;est plus fort que moi. Ce Chevalier Danceny...Je suis dans un trouble que je ne peux pas écrire: je ne sais par où commencer. Depuis que je t&apos;avais raconté la jolie soirée&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt; que j&apos;avais passée chez Maman avec lui et Madame de Merteuil, je ne t&apos;en parlais plus: c&apos;est que je ne voulais plus en parler à personne; mais j&apos;y pensais pourtant toujours. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Depuis il était devenu si triste, mais si triste, si triste, que ça me faisait de la peine; et quand je lui demandais pourquoi, il me disait que non: mais je voyais bien que si. Enfin hier il l&apos;était encore plus que de coutume. Ça n&apos;a pas empêché qu&apos;il n&apos;ait eu la complaisance de chanter avec moi comme à l&apos;ordinaire; mais, toutes les fois qu&apos;il me regardait, cela me serrait le cœur. Après que nous eûmes fini de chanter, il alla renfermer ma harpe dans son étui; et, en m&apos;en rapportant la clef, il me pria d&apos;en jouer encore le soir, aussitôt que je serais seule. Je ne me défiais de rien du tout; je ne voulais même pas: mais il m&apos;en pria tant, que je lui dis qu&apos;oui. Il avait bien ses raisons. Effectivement, quand je fus retirée chez moi et que ma Femme de chambre fut sortie, j&apos;allais pour prendre ma harpe. Je trouvais dans les cordes &lt;a href=&quot;http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/6792.html&quot;&gt;une lettre&lt;/a&gt;, pliée seulement, et point cachetée, et qui était de lui. Ah! si tu savais tout ce qu&apos;il me mande! Depuis que j&apos;ai lu sa lettre, j&apos;ai tant de plaisir, que je ne peux plus songer à autre chose. Je l&apos;ai relue quatre fois tout de suite, et puis je l&apos;ai serrée dans mon secrétaire. Je la savais par cœur; et, quand j&apos;ai été couchée, je l&apos;ai tant répétée, que je ne songeais pas à dormir. Dès que je fermais les yeux, je le voyais là, qui me disait lui-même tout ce que je venais de lire. Je ne me suis endormie que bien tard; et aussitôt que je me suis réveillée (il était encore de bien bonne heure), j&apos;ai été reprendre sa lettre pour la relire à mon aise. Je l&apos;ai emportée dans mon lit, et puis je l&apos;ai baisée comme si...C&apos;est peut-être mal fait de baiser une lettre comme ça, mais je n&apos;ai pas pu m&apos;en empêcher.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A présent, ma chère amie, si je suis bien aise, je suis aussi bien embarrassée; car sûrement il ne faut pas que je réponde à cette lettre-là. Je sais bien que ça ne se doit pas, et pourtant il me le demande; et, si je ne réponds pas, je suis sûre qu&apos;il va encore être triste. C&apos;est pourtant bien malheureux pour lui! Qu&apos;est-ce que tu me conseilles? mais tu n&apos;en sais pas plus que moi. J&apos;ai bien envie d&apos;en parler à Madame de Merteuil qui m&apos;aime bien. Je voudrais bien le consoler; mais je ne voudrais rien faire qui fût mal. On nous recommande tant d&apos;avoir bon cœur! et puis on nous défend de suivre ce qu&apos;il inspire, quand c&apos;est pour un homme! Ça n&apos;est pas juste non plus. Est-ce qu&apos;un homme n&apos;est pas notre prochain comme une femme, et plus encore? car enfin n&apos;a-t-on pas son père comme sa mère, son frère comme sa sœur? il reste toujours le mari de plus. Cependant si j&apos;allais faire quelque chose qui ne fût pas bien, peut-être que M. Danceny lui-même n&apos;aurait plus bonne idée de moi! Oh! ça, par exemple, j&apos;aime encore mieux qu&apos;il soit triste. Et puis, enfin, je serai toujours à temps. Parce qu&apos;il a écrit hier, je ne suis pas obligée d&apos;écrire aujourd&apos;hui: aussi bien je verrai Madame de Merteuil ce soir, et si j&apos;en ai le courage, je lui conterai tout. En ne faisant que ce qu&apos;elle me dira, je n&apos;aurai rien à me reprocher. Et puis peut-être me dira-t-elle que je peux lui répondre un peu, pour qu&apos;il ne soit pas si triste! Oh! je suis bien en peine. Adieu, ma bonne amie. Dis-moi toujours ce que tu penses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De ..., ce 19 août 17**&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;left&quot;&gt;&lt;small&gt;1 La lettre où il est parlé de cette soirée ne s&apos;est pas retrouvée. Il y a lieu de croire que c&apos;est celle proposée dans &lt;a href=&quot;http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/5916.html&quot;&gt;le billet&lt;/a&gt; de Madame de Merteuil, et dont il est aussi question dans &lt;a href=&quot;http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/6144.html&quot;&gt;la précédente lettre&lt;/a&gt; de Cécile Volanges.&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Sat, 13 May 2006 17:15:25 GMT</pubDate>
  <title>Lettre XIV: Cécile Volanges à Sophie Carnay</title>
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  <description>Je ne t&apos;ai pas écrit hier, ma chère Sophie: mais ce n&apos;est pas le plaisir qui en est cause; je t&apos;en assure bien. Maman était malade, et je ne l&apos;ai pas quittée de la journée. Le soir, quand je me suis retirée, je n&apos;avais cœur à rien du tout; et je me suis couchée bien vite, pour m&apos;assurer que la journée était finie; jamais je n&apos;en avais passé de si longue. Ce n&apos;est pas que je n&apos;aime bien Maman; mais je ne sais pas ce que c&apos;était. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;Je devais aller à l&apos;Opéra avec Madame de Merteuil; le Chevalier Danceny devait y être. Tu sais bien que ce sont les deux personnes que j&apos;aime le mieux. Quand l&apos;heure où j&apos;aurais dû y être aussi est arrivée, mon cœur s&apos;est serré malgré moi. Je me déplaisais à tout, et j&apos;ai pleuré, pleuré, sans pouvoir m&apos;en empêcher. Heureusement Maman était couchée, et ne pouvait pas me voir. Je suis bien sûre que le Chevalier Danceny aura été fâché aussi; mais il aura été distrait par le Spectacle et par tout le monde: c&apos;est bien différent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par bonheur, Maman va mieux aujourd&apos;hui, et Madame de Merteuil viendra avec une autre personne et le Chevalier Danceny: mais elle arrive toujours bien tard, Madame de Merteuil; et quand on est si longtemps toute seule, c&apos;est bien ennuyeux. Il n&apos;est encore qu&apos;onze heures. Il est vrai qu&apos;il faut que je joue de la harpe; et puis ma toilette me prendra un peu de temps, car je veux être bien coiffée aujourd&apos;hui. Je crois que la Mère Perpétue a raison, et qu&apos;on devient coquette dès qu&apos;on est dans le monde. Je n&apos;ai jamais eu tant d&apos;envie d&apos;être jolie que depuis quelques jours, et je trouve que je ne le suis pas autant que je le croyais; et puis, auprès des femmes qui ont du rouge, on perd beaucoup. Madame de Merteuil, par exemple, je vois bien que tous les hommes la trouvent plus jolie que moi: cela ne me fâche pas beaucoup, parce qu&apos;elle m&apos;aime bien; et puis elle assure que le Chevalier Danceny me trouve plus jolie qu&apos;elle. C&apos;est bien honnête à elle de me l&apos;avoir dit! elle avait même l&apos;air d&apos;en être bien aise. Par exemple, je ne conçois pas ça. C&apos;est qu&apos;elle m&apos;aime tant! et lui!... oh! ça m&apos;a fait bien plaisir! aussi, c&apos;est qu&apos;il me semble que rien que le regarder suffit pour embellir. Je le regarderais toujours, si je ne craignais de rencontrer ses yeux: car, toutes les fois que cela m&apos;arrive, cela me décontenance, et me fait comme de la peine; mais ça ne fait rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma chère amie; je vais me mettre à ma toilette. Je t&apos;aime toujours comme de coutume.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 14 août 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Sat, 13 May 2006 17:14:32 GMT</pubDate>
  <title>Lettre XII: Cécile Volanges à la Marquise de Merteuil</title>
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  <description>Maman est incommodée, Madame; elle ne sortira point, et il faut que je lui tienne compagnie: ainsi je n&apos;aurai pas l&apos;honneur de vous accompagner à l&apos;Opéra. Je vous assure que je regrette bien plus de ne pas être avec vous que le Spectacle. Je vous prie d&apos;en être persuadée. Je vous aime tant! Voudriez-vous bien dire à M. le Chevalier Danceny que je n&apos;ai point le Recueil dont il m&apos;a parlé, et que s&apos;il peut me l&apos;apporter demain, il me fera grand plaisir. S&apos;il vient aujourd&apos;hui, on lui dira que nous n&apos;y sommes pas; mais c&apos;est que Maman ne veut recevoir personne. J&apos;espère qu&apos;elle se portera mieux demain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J&apos;ai l&apos;honneur d&apos;être, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De ..., ce 13 août 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Sat, 13 May 2006 17:13:18 GMT</pubDate>
  <title>Lettre VII: Cécile Volanges à Sophie Carnay</title>
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  <description>Si je ne t&apos;ai rien dit de mon mariage, c&apos;est que je ne suis pas plus instruite que le premier jour. Je m&apos;accoutume à n&apos;y plus penser et je me trouve assez bien de mon genre de vie. J&apos;étudie beaucoup mon chant et ma harpe; il me semble que je les aime mieux depuis que je n&apos;ai plus de Maîtres, ou plutôt c&apos;est que j&apos;en ai un meilleur. &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;M. le Chevalier Danceny, ce Monsieur dont je t&apos;ai parlé, et avec qui j&apos;ai chanté chez Madame de Merteuil, a la complaisance de venir ici tous les jours, et de chanter avec moi des heures entières. Il est extrêmement aimable. Il chante comme un Ange, et compose de très jolis airs dont il fait aussi les paroles. C&apos;est bien dommage qu&apos;il soit Chevalier de Malte! Il me semble que s&apos;il se mariait, sa femme serait bien heureuse. Il a une douceur charmante. Il n&apos;a jamais l&apos;air de faire un compliment, et pourtant tout ce qu&apos;il dit flatte. Il me reprend sans cesse, tant sur la musique que sur autre chose: mais il mêle à ses critiques tant d&apos;intérêt et de gaieté, qu&apos;il est impossible de ne pas lui en savoir gré. Seulement quand il vous regarde, il a l&apos;air de vous dire quelque chose d&apos;obligeant. Il joint à tout cela d&apos;être très complaisant. Par exemple, hier, il était prié d&apos;un grand concert; il a préféré de rester toute la soirée chez Maman. Cela m&apos;a fait bien plaisir; car quand il n&apos;y est pas, personne ne me parle, et je m&apos;ennuie: au lieu que quand il y est, nous chantons et nous causons ensemble. Il a toujours quelque chose à me dire. Lui et Madame de Merteuil sont les deux seules personnes que je trouve aimables. Mais adieu, ma chère amie: j&apos;ai promis que je saurais pour aujourd&apos;hui une ariette dont l&apos;accompagnement est très difficile, et je ne veux pas manquer de parole. Je vais me remettre à l&apos;étude jusqu&apos;à ce qu&apos;il vienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;De ..., ce 7 août 17**&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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  <pubDate>Sat, 13 May 2006 17:10:36 GMT</pubDate>
  <title>Lettre III: Cécile Volanges à Sophie Carnay</title>
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  <description>Je ne sais encore rien, ma bonne amie. Maman avait hier beaucoup de monde à souper. Malgré l&apos;intérêt que j&apos;avais à examiner, les hommes surtout, je me suis fort ennuyée. Hommes et femmes, tout le monde m&apos;a beaucoup regardée, et puis on se parlait à l&apos;oreille; et je voyais bien qu&apos;on parlait de moi: &lt;a name=&quot;cutid1&quot;&gt;&lt;/a&gt;cela me faisait rougir; je ne pouvais m&apos;en empêcher. Je l&apos;aurais bien voulu, car j&apos;ai remarqué que quand on regardait les autres femmes, elles ne rougissaient pas; ou bien c&apos;est le rouge qu&apos;elles mettent, qui empêche de voir celui que l&apos;embarras leur cause; car il doit être bien difficile de ne pas rougir quand un homme vous regarde fixement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui m&apos;inquiétait le plus était de ne pas savoir ce qu&apos;on pensait sur mon compte. Je crois avoir entendu pourtant deux ou trois fois le mot de &lt;i&gt;jolie&lt;/i&gt;: mais j&apos;ai entendu bien distinctement celui de &lt;i&gt;gauche&lt;/i&gt;; et il faut que cela soit bien vrai, car la femme qui le disait est parente et amie de ma mère; elle paraît même avoir pris tout de suite de l&apos;amitié pour moi. C&apos;est la seule personne qui m&apos;ait un peu parlé dans la soirée. Nous souperons demain chez elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J&apos;ai encore entendu, après souper, un homme que je suis sûre qui parlait de moi, et qui disait à un autre: «Il faut laisser mûrir cela, nous verrons cet hiver.» C&apos;est peut-être celui-là qui doit m&apos;épouser; mais alors ce ne serait donc que dans quatre mois! Je voudrais bien savoir ce qui en est.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà Joséphine, et elle me dit qu&apos;elle est pressée. Je veux pourtant te raconter encore une de mes &lt;i&gt;gaucheries&lt;/i&gt;. Oh! je crois que cette dame a raison!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après le souper on s&apos;est mis à jouer. Je me suis placée auprès de Maman; je ne sais pas comment cela s&apos;est fait, mais je me suis endormie presque tout de suite. Un grand éclat de rire m&apos;a réveillée. Je ne sais si on riait de moi, mais je le crois. Maman m&apos;a permis de me retirer et elle m&apos;a fait grand plaisir. Figure-toi qu&apos;il était onze heures passées. Adieu, ma chère Sophie; aime toujours bien ta Cécile. Je t&apos;assure que le monde n&apos;est pas aussi amusant que nous l&apos;imaginions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align=&quot;right&quot;&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 4 août l7**.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</description>
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